Machines à voter

Submitted by EC on Thu, 2012-06-14 11:27

Dimanche 10 juin 2012, comme beaucoup d'autres citoyens en France, je suis allé accomplir mon devoir civique. J'ai voté au premier tour des élections législatives. Puis, en fin de journée, comme quelques autres citoyens en France, je suis revenu dans mon bureau de vote pour participer au dépouillement du scrutin. Oui mais voilà, dans mon bureau de vote, comme d'ailleurs dans l'ensemble des bureaux de vote de ma commune, cela fait "belle lurette" que les bulletins en papier recyclé ont été remplacés par une machine électronique, une machine à voter.

Dimanche 10 juin 2012, au moment du dépouillement du scrutin, dans mon bureau de vote, j'étais juste un observateur, exit le scrutateur. Et j'étais le seul, pas de jeunes ni de vieux, venus participer à l'effervescence du comptage et du recomptage des précieux bulletins en papier recyclé, si importants dans une démocratie. Non, juste la poignée de membres du bureau de vote et moi. D'ailleurs les autres citoyens de ma commune savent-ils qu'ils peuvent encore demander à assister au dépouillement ? D'ailleurs y a t-il encore quelque chose à observer ? à compter ? à contrôler ? à comprendre ? Rien n'est moins sûr !

À l'heure dite, le vote est déclaré clos. Alors, on sort la procédure, 3 ou 4 feuilles de papier blanc qui décrivent une suite d'opérations. Quelques mots surlignés, des copies d'écran pour illustrer le tout et faciliter la compréhension et c'est parti. On tourne des clefs, on appuie sur des touches, on recommence, on soulève des capots et, miracle de la technique, voilà que la machine imprime un ruban de papier façon ticket de caisse enregistreuse. Tout est là, total des votes exprimés, votes blancs et nombre de voix obtenues par chaque candidat. Rien ne manque. Cinq minutes (ou presque) et c'est fini. On débranche les câbles, on rabat les capots ; circulez, il n'y a plus rien à voir !

Dimanche 10 juin 2012, en rentrant chez moi après ce dépouillement expéditif, c'était comme en mai, lors de l'élection présidentielle ; c'était comme toutes ces autres fois depuis l'arrivée de ces machines à voter, ce même sentiment de manque, de vide, difficile à définir.

Pourtant, vu l'extérieur, elles fonctionnent plutôt bien ces machines à voter. On choisit sa candidate, son candidat ou le "vote blanc", on vérifie sur l'écran, on valide et, hop-hop-hop, "A voté". Simple ! Et, à la fin, dès la clôture, les chiffres sont là, "justes", imprimés en moins de temps qu'il n'en faut pour comprendre la procédure.

Alors, où est le problème ?

Le scrutateur que j'étais est devenu obsolète, il n'a plus sa place ; c'est dans l'air du temps, son poste a été supprimé. Impossible désormais de vérifier quoi que ce soit (à part peut être si la procédure est correctement suivie) ! Impossible désormais d'être vraiment sûr qu'il y a exact correspondance entre le choix des citoyens électeurs que nous sommes et les chiffres imprimés sur le ruban de papier façon ticket de caisse enregistreuse. Fini l'urne transparente qui permettait de garder en permanence un œil sur les enveloppes contenant les précieux bulletins en papier recyclé, qui permettait d'évaluer la participation, qui permettait d'être certain que notre voix allait être prise en compte.
Fini la transparence. Désormais, il faut faire confiance ! Il faut se persuader que la machine ne peut pas se tromper, il faut se persuader que la machine ne se trompera jamais ! Car comment le saurions-nous ? Comment le détecterions-nous, nous, simples citoyens, commerçants, employés de bureaux, artisans, enseignants, juristes, infirmières, autres, ... mais rarement ingénieurs informaticiens experts en forensic ou "mieux" hackers seuls capables - et encore c'est très loin d'être certain - d'y comprendre quelque chose.

Alors à chaque fois, je me pose les mêmes questions. Fallait-il sacrifier cette transparence, cette simplicité au nom de la productivité ? Fallait-il vraiment déposséder le citoyen de ses élections, cet acte fondamental de la démocratie, en lui supprimant toute possibilité de contrôle, de compréhension ? Fallait-il enlever à cet évènement majeur de la vie démocratique sa dimension émotionnelle, son âme en la réduisant à quelques touches à presser et à un bête ruban de papier façon ticket de caisse enregistreuse ?

Et maintenant qu'il n'y a plus rien à voir, que vais-je montrer à mes enfants pour leur expliquer ce moment fort de la vie de leur pays, pour en faire des citoyens qui s'intéressent, qui participent et qui y croient ?

Pour en savoir plus :

Merci pour ce billet sur les

Submitted by Anonymous (not verified) on Thu, 2012-11-08 11:02.

Merci pour ce billet sur les machines à voter et leur manque de transparence. En écho ce billet trouvé sur le site de Zythom : Vous ne pourrez pas vérifier . Vos points de vue se rejoignent... mais faut-il s'en étonner !