La vidéosurveillance, mirage technologique et politique

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Vidéosurveillance

Par Eric Heimann, in « La frénésie sécuritaire », sous la direction de Laurent Muchielli, La Découverte, mars 2008.

La vidéosurveillance désigne le système conçu pour surveiller à distance un espace déterminé à l’aide de caméras. Toutes sortes d’équipements sont disponibles : caméra fixe, pivotante, miniaturisée, munie d’un zoom ou d’un intensificateur de lumière, etc. Les configurations techniques peuvent prendre les formes les plus diverses, de la caméra unique reliée à un moniteur et un magnétoscope, au poste de commande vidéo capable de visualiser les images de plusieurs dizaines de caméras différentes, voire, pour les habitants de résidences dites « sécurisées », les ressources de la domotique pour relier des caméras aux téléviseurs domestiques.

La technologie a évolué ces dix dernières années, en particulier avec le passage de l’analogique au numérique qui a permis d’étendre les capacités de stockage et de traitement des images collectées. De même, les interventions et les discours politiques sur le sujet ont connu une évolution notable. Dans les années 1990, le gouvernement s’est contenté de faire adopter des normes juridiques destinées à encadrer le développement des systèmes dans les espaces urbains. Son action s’est traduite par la mise en place de commissions départementales chargées de veiller au respect de la réglementation élaborée par les services du ministère de l’Intérieur [1]. Par ailleurs, il a assuré la promotion d’une doctrine criminologique conçue par des auteurs anglo-saxons, la « prévention situationnelle » qui vise non plus à agir sur le délinquant potentiel mais à réduire les occasions de délits. Cette doctrine détrône rapidement les objectifs traditionnels de la prévention sociale et place de facto les technologies sécuritaires au coeur des opérations d’aménagements urbains et résidentiels...

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