L'invention des "violences urbaines"

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Sécurité

La notion de "violences urbaines", aujourd'hui passée dans le langage courant, ne traduit pas, contrairement à ce qu'elle laisse entendre, l'émergence de nouveaux "désordres sociaux" marqués par leur dimension urbaine. Elle apparait à un moment où les missions des RG (qui ont fusionné depuis 2008 avec la DST au sein d'une unique Direction du Renseignement Intérieur) changent et où les services de renseignements se restructurent. Dans ce contexte, elle fournit un nouvel "objet" aux RG, et une raison d'être qui légitime la pérennisation de certains services. Son invention tient donc plus de nécessités organisationnelles que d'un diagnostic posé sur de soi-disant nouvelles réalités sociales...

À lire "Renseignements généraux et violences urbaines", par Laurent Bonelli, paru dans Actes de la recherche en sciences sociales n°136-137, Seuil, mars 2001

"Les Renseignements généraux (RG) occupent historiquement une place centrale dans l’exercice du pouvoir politique en France. Chargés de la défense des institutions et de l’ordre social contre toutes les «menaces» de subversion, ils sont spécialisés dans la surveillance des mouvements sociaux et politiques «contestataires». Le caractère «politique» de cette mission, qui tient tant aux objets surveillés qu’à ses destinataires (gouvernement, préfets), fait des RG l’incarnation d’une «vision policière de la politique» qui se caractérise par un mépris traditionnel de la question de la délinquance (abandonnée – avec l’accord des responsables politiques et policiers – à d’autres services, comme les polices urbaines ou la police judiciaire). Leur autonomie organisationnelle se traduit par le renoncement – le plus souvent implicite – du personnel politique au contrôle au jour le jour de leurs activités, en contrepartie de la production d’informations «pertinentes» dans le jeu politique. Or, ces échanges se dégradent au début des années 1990 au point que va se poser la question de leur «utilité» et de leur pérennité..."

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